Guy Spielmann

 

 Honoré Champion
2002

 
 

RÉPERTOIRE CHRONOLOGIQUE DES SPECTACLES
À PARIS, 1673-1715

1673-1680

1681-1690

1691-1700

1701-1715

Codage des pièces

Pièces jouées par les Comédiens Français (y compris Académie Royale de Musique)
Pièces jouées par les Comédiens Italiens (jusqu'en 1697)
Pièces jouées par les comédiens forains
Pièces jouées à la foire, mais qui reprennent une comédie italienne


  1681  1682  1683  1684  1685  1686  1687  1688 1689  1690

1681
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OEuvres lyriques et ballets

Le Triomphe de l'amour. Quinault et Benserade, mus. de Lully. Ballet en 20 entrées (Saint Germain, 21 jan.).
Le Ballet des muses. Duc de Nevers, mus. de Lorenzani. Pastorale en 3 a., prologues et intermèdes (Fontainebleau, avec la participation des acteurs de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne, sept.).
L'Impromptu. Ducs de Vivonne et de Nevers (Fontainebleau,. sept.).
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Tragédie

Zaïde. La Chapelle (26 jan.).
Endimion (27 juil.).
Oreste. Le Clerc [et Boyer?] (27 août).
Hercule. La Thuillerie [Abeille?] (7 nov.).
Cléopâtre. La Chapelle (12 déc.).
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Comédie

La Comète. Fontenelle. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Bertherand (29 jan.). Paris, Claude Blageart, 1681.
La Pierre philosophale. T. Corneille et Donneau de Visé. 5 a., intermèdes et divertissement, mus. de Charpentier. Théâtre de Guénégaud. (23 fév.). Paris, Blageart, 1681 (livret).
Cette comédie à machines tentait d'exploiter l'intérêt du public pour l'occultisme qui avait valu à La Devineresse --- ou du moins les auteurs le pensaient-ils --- son énorme succès. On y découvrait donc le monde des Rose+Croix, l'un des rôles principaux étant celui du fameux comte de Gabalis. L'échec manifeste (deux représentations) prouva que la formule n'était pas assurée.

L'Ane de Lucien, ou le voyageur ridicule. Languichard. Troupe de tous les plaisirs, foire Saint Germain, jeu de Paume du Dauphin (16 mars).

Ce spectacle éphémère --- les Comédiens Français le firent fermer --- présente déjà le polymorphisme bien particulier à la foire, puisqu'il comprend une comédie jouée à la fois par des acteurs et des marionnettes géantes, des ballets, des chansons, des acrobaties et de la danse de corde, ainsi qu'un âne savant, et «quantité de changemens de théâtre et machines surprenantes».

Le Laquais fille. [La Fontaine]. 1 a. (30 avril).
Crispin bel esprit. La Thuillerie. 1 a. en vers (11 juil.). Paris, Ribou, 1682.
Arlequin vendangeur (ou Arlequin et Scaramouche vendangeurs). Comédie-Italienne (Déc.).

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1682
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OEuvres lyriques et ballets

Endymion. Desmarets (Jan. [?]).
Persée. Quinault, mus. de Lully (Versailles, juin-juillet).
La Sérénade. Genest, mus. de Delalande et Lorenzani (Fontainebleau, nov.).
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Tragédie

Tarquin. Prado. (9 jan.).
Zélonide, princesse de Sparte. Genest (4 fév.).
Artaxerce. Boyer (22 nov.).
Téléphonte. La Chapelle (26 déc.).
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Comédie

Arlequin Mercure galant. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (22 jan.). Théâtre Italien 1.

Scène des nouvelles. Mercure (Arlequin) vient apporter les dernières nouvelles de l'Olympe et du reste du monde à Jupiter. Celui-ci demande à Mercure d'intercéder en sa faveur auprès de Rosalbe, dont il est amoureux. Arlequin rabroue Pan, également épris de Rosalbe, et délivre à cette dernière un compliment burlesque qui n'obtient aucun succès (deuxième scène). Après avoir annoncé la mort de Pluton à sa femme Proserpine (troisième scène), Arlequin se lance dans un Plaidoyer en faveur des petits plutons... contre Proserpine, leur mère, parce que celle-ci ne reconnaît pas le testament et veut déposséder ses enfants.

Il ne reste de cette première pièce du recueil de Ghérardi, que quatre «scènes françaises» dont les trois premières comprennent encore de nombreux passages en italien. La dernière scène, qui consiste en un long plaidoyer dans les formes, truffé de références techniques à la pratique du droit, contraste avec les trois premières et correspond bien moins à la manière de la commedia dell'arte qu'à la formation juridique de l'auteur, avocat et conseiller à la cour des aides de Rouen.

Le Parisien. Champmeslé. 5 a. en vers (7 fév.). Paris, Ribou, 1683.
Arlequin valet étourdi. Comédie-Italienne ( Saint-Germain, 2 avril).
La Maladie de Spezzafer. Comédie-Italienne (Fontainebleau, 1e mai).
La Matrone d'Ephèse, ou Arlequin Grapignan (Aussi connue sous le titre Arlequin procureur). Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (12 mai). Théâtre Italien 1.

D'une intrigue démarquant l'anecdote de la matrone d'Ephèse qui donne son nom à la pièce, il ne nous reste que trois scènes où Arlequin badine avec la veuve, déguisé en fantôme. Le reste de la comédie met en scène un procureur, Grapignan (Arlequin), que l'on voit d'abord apprendre les ficelles du métier d'un de ses aînés, Coquinière, puis recevoir dans son étude une suite de personnages: un voleur de grand chemin, dont il promet d'arranger le procès en échange d'une somme supérieure à celle qu'il a volée; Maraudin, un sergent marron qui a commis une erreur dans la rédaction d'un faux en écriture; le marquis de Grimouche, qui rechigne à payer les honoraires de l'avocat, un chapelier et un pâtissier en chicane l'un contre l'autre, à qui Grapignan propose successivement ses services, et une riche et vieille femme impliquée dans un procès interminable, à qui il propose le mariage. Finalement, un bailli vient arrêter Grapignan pour malversation, et l'emmène pour qu'il soit pendu.

Cette comédie illustre l'hybridité encore hésitante de la comédie italo-française en cours de constitution, puisqu'il n'y a pratiquement aucun rapport entre la partie italienne disparue, qui reprend le thème littéraire éprouvé de la matrone d'Ephèse, et la contribution de Fatouville qui propose une satire mordante des milieux de la chicane.

Les Bouts-rimez. Saint-Glas. 1 a. en prose et en vers. (25 mai) Paris, Trabouillet, 1682.

M. du Rimet, riche bourgeois qui se passionne pour la mode des bouts-rimés, annonce qu'il donnera sa fille Angélique en mariage, avec une prime de dix mille écus, à celui qui composera le meilleur sonnet à partir d'un jeu de rimes imposées par lui. Lysandre, amant d'Angélique, se désespère de cette lubie car il ne possède aucun talent de versificateur. Les candidats qui se bousculent avec des sonnets dont la plupart sont ridicules appartiennent à tous les milieux sociaux: on y trouve un cadet de Gascogne, un marquis, mais aussi un cocher et même le valet de du Rimet, Crispin, qui a mis les rimes au début des vers. Du Rimet, ayant désigné le vainqueur, apprend qu'il s'agit d'une femme --- la mère de Lysandre, qui désigne son fils comme ayant-droit. Le maniaque consent au mariage, à la seule condition que le contrat sera également dressé en bouts-rimés.

Axée sur la fantaisie verbale, cette comédie qui annonce Les Mots à la mode de Boursault illustre bien l'emploi de la syntaxe itérative, le noeud permettant seulement d'introduire une série de variations sur le thème du sonnet ridicule.

Arlequin tombé dans le puits. Comédie-Italienne (Saint-Germain, 15 juin).
La Rue Saint-Denis. Champmeslé. 1 a. en prose (17 juin). Paris, Ribou, 1683.
Arlequin juif, peintre et tailleur. Comédie-Italienne (Saint-Germain, 24 juin).
Arlequin cabaretier, Turc et capitaine espagnol. Comédie-Italienne (Saint-Germain, 30 juin).
Arlequin lingère du Palais. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (4 oct.). Théâtre Italien 1.
La Rapinière, ou L'Intéressé. Robbe. 5 a. en vers (4 déc.). Publiée sous le pseudonyme anagrammatique de «M. de Barquebois», Paris, Etienne Lucas, 1682.

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1683
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OEuvres lyriques et ballets

Phaëton. Quinault, mus. de Lully (Versailles, 6 jan.).
L'Amour Berger. Marquis de Lomagne, mus. de Delalande (Versailles, mars).
Les Fontaines de Versailles. Morel, mus. de Delalande (Versailles, avril).
Le Concert d'Esculape. Morel, mus. de Delalande (Versailles, mai).
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Tragédie

Virginie. Campistron (12 fév.).
Nitocris. [La Thuillerie]. (10 mars).
Marie Stuart, reine d'Ecosse. Boursault (17 déc.).
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Comédie

Les Deux Semblables. Comédie-Italienne (Versailles, 12 jan.).
Le Mariage d'Arlequin. Comédie-Italienne (Versailles, 21 jan.).
Les Joueurs. Champmeslé [?] 5 a. (5 fév.).
Arlequin plaque. Comédie-Italienne (Versailles, 16 fév.).
Le Lunatique. Comédie-Italienne (Versailles, 23 fév.).
Le Mercure Galant (ou La Comédie sans titre). Boursault. 5 a. en vers (5 mars). Publiée sous le nom de Raymond Poisson, Paris, Quillet et Guillain, 1983.

C'est la première «grande comédie» de moeurs post-moliéresque. Le titre, inspiré à la fois par Arlequin Mercure galant et par celui de la gazette de Donneau de Visé (qui réussit à le faire supprimer avant la première), montre l'intérêt grandissant pour ce nouveau médium. Selon la formule de la «comédie-revue», une galerie de personnages pittoresques défile dans le bureau du rédacteur. Vingt-neuf représentations d'affilée font du Mercure Galant un grand succès, qui restera au répertoire jusqu'au début du XXe siècle.

Le Rendez-vous. [La Fontaine?] 1 a. (7 mai).
La Cassette. [Brécourt]. 5 a. (19 juin).
Le Divorce. [Champmeslé ?] 5 a. (10 sept.).
Arlequin Prothée. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (11 oct.). Théâtre Italien 1.
Les Nouvellistes de Lille. Dancourt. 1 a. en vers. Lille, Louys Briques, 1683. (Lille, oct.)

De passage à Lille, Oronte a rencontré Angélique dont il est tombé amoureux; mais le père de celle-ci, Argante, veut lui faire épouser un vieux et riche négociant. Apprenant qu'Argante est excessivement friand de nouvelles de l'étranger, Crispin, valet d'Oronte, engage des hommes de main qui se font passer pour nouvellistes, afin de détourner l'attention du vieil homme pendant que son maître fait la cour à Angélique. On voit défiler successivement La Forest, en Flamand volubile, Champagne, s'exprimant dans un épais sabir suisse-allemand, et La Montagne, qui délivre ses nouvelles en vers, alors que Crispin lui-même campe un Gascon. Sur ces entrefaites, un messager vient annoncer la mort du fiancé présomptif d'Angélique; Oronte demande alors la main de la jeune fille et l'obtient.

Dans cette pièce écrite par Dancourt avant ses débuts à Paris, la «délocalisation» de l'intrigue dans les marches du nord (la guerre de Hollande était fraîche dans les mémoires) fait bon ménage avec une formule déjà utilisé par Boursault dans son récent Mercure Galant. Dancourt y ajoute une palette d'accents régionaux et étrangers, à l'effet comique garanti, et dont il se fera une sorte de spécialité. On remarque en outre dès cette première oeuvre la présence de Crispin, valet «à l'Italienne » mais non pas italien, puisque le masque avait été crée par Raymond Poisson.

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1684
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OEuvres lyriques et ballets

Amadis. Quinault, mus. de Lully (18 jan.).
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Tragédie

Pénélope. Genest (22 jan.).
Arminius. Campistron (19 fév.).
La Mort d'Alexandre. Louvart (26 mai).
Ajax. La Chapelle (27 déc.).
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Comédie

Le Docteur extravagant. [Beauregard? Leclerc?] (14 jan.).
La Dame invisible, ou l'esprit follet. (aussi connue sous le titre L'Invisible). Hauteroche. 5 a. en vers (22 fév.). Paris, Ribou, 1685.
Arlequin empereur dans la lune. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (5 mars). Théâtre Italien 1.
Ragotin, ou le roman comique. La Fontaine [Champmeslé]. 5 a. en vers (12 avril). Publiée sous le nom de La Fontaine, La Haye, Moetjens, 1701.
La Mère ridicule. [Montfort ?] 1 a. (8 mai).
Le Cocher supposé. Hauteroche. 1 a. en prose (9 avril). Paris, Ribou, 1685.
L'Amante amant. Campistron. 5 a. en prose (2 août). OEuvres, Paris, Ribou, 1715.
Timon. Brécourt. 1 a. en vers (13 août). Rouen, Gruel, s.d.
Arlequin Jason. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (9 sept.). Théâtre Italien 1.

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1685
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OEuvres lyriques et ballets

Roland. Quinault, mus. de Lully (8 jan.).
Idylle sur la paix. Racine, mus. de Lully (Sceaux, 16 juil.).
Le Temple de la paix. Quinault, mus. de Lully. Ballet en 6 entrées (Fontainebleau, 20 oct.).
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Tragédie

Andronic. Campistron. (8 fév.)
Aristobule. (30 nov.)
Alcibiade. Campistron. (28 déc.)
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Comédie

L'Usurier. [T. Corneille et de Visé?] 5 a. en vers (13 fév.).
Arlequin chevalier du soleil. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (26 fév.). Théâtre Italien 1.
Le Rendez-Vous des Tuileries, ou le coquet trompé. Baron. 3 a. en prose, prologue et divertissement, mus. de Charpentier (3 mars). Paris, Guillain, 1686.

Proloque: Au grand dépit de Mlle Beauval, Baron refuse de jouer dans la pièce annoncée, qu'il a écrite, ayant eu vent d'une cabale contre lui. Ses camarades parviennent à lui faire changer d'avis, mais il propose d'arrêter la représentation si des siffleurs se manifestent. Arrive un marquis qui rapporte les critiques qu'on fait de Baron à la cour, refuse de payer quatre Louis pour une loge, et prévient qu'il va chahuter la pièce parce que l'auteur, contrairement à ce qu'il avait promis, ne l'a pas lue chez une femme de qualité des se amies. Comme les acteurs ne sont pas prêts, on joue une «bergerie» pour faire patienter le public.

La comtesse et la marquise émergent d'une nuit blanche passée à la table de jeu en galante compagnie. La servante du Laurier les avertit que leur style de vie fait jaser et épuise leurs domestiques. La comtesse, éprise de Dorante, ne lui a pas révélé son amour, car celui-ci est sans le sou, alors que la marquise, jeune veuve qui se laisse courtiser par le vicomte et un maître de danse, dissimule sa propre passion pour Eraste, dont la coquetterie et la jalousie surpassent les siennes. Pour se venger d'Eraste, la marquise veut lui faire croire qu'elle est elle-même fort volage. Lorsque Dorante et Eraste se présentent, ils sont éconduits sans ménagement par les deux amies, qui décident d'aller enfin se coucher. Éraste explique à Dorante qu'il courtise plusieurs femmes à la fois pour s'assurer au moins un parti sortable.

Éraste projette de confondre la marquise lors d'un rendez-vous galant aux Tuileries, sans savoir que ses propres mouvements sont épiés par les espions de sa maîtresse. Celle-ci envoie aux Tuileries ses domestiques Du Laurier et Dumont pour appâter le jaloux. Le Maître de danse, venu donner sa leçon, en profite pour faire des avances à la marquise, provoquant l'ire du vicomte. La confusion s'accroît lorsque arrivent deux extravagants, le chevalier et le marquis, bientôt suivis par Mme Argante et deux compagnons; tout ce beau monde s'en va jouer au lansquenet.

Dumont et du Laurier reviennent raconter leur mésaventure: Eraste, lorsqu'ils les a vus, a menacé l'un et battu l'autre, s'imaginant avoir surpris la marquise avec un soupirant. Accusant la marquise, Eraste découvre qu'il s'agissait d'un coup monté, et se voit signifier son congé définitif par la marquise, qui offre alors sa main au vicomte; effrayé par le machiavélisme de la veuve, ce dernier renonce à l'épouser. Dorante scelle son union avec la comtesse, et Dumont avec du Laurier.

Desservi par la maladresse de son écriture (qui ne s'améliora guère par la suite), Baron fait néanmoins oeuvre de précurseur dans cette comédie de moeurs qui introduit nombre d'éléments qu'on retrouvera fréquemment par la suite: femmes délurées qu'anime une passion excessive du jeu, épouseur pragmatique qui entretient plusieurs liaisons dans le seul espoir de faire un mariage avantageux, veuve joyeuse qui jongle avec les prétendants, dénouement doux-amer où la principale intrigue matrimoniale débouche sur un échec. Tout en déplorant la faiblesse structurelle de la pièce, les frères Parfaict ont bien discerné «des caractères neufs au théâtre».

Le prologue offre plusieurs points d'intérêt, dont l'évocation des problèmes de la représentation (en particulier celui de l'attitude du public) et une double métathéâtralité: non seulement on y voit les acteurs de la Comédie-Française se préparer à jouer la pièce de Baron, mais on y assiste à une mini-pastorale en une scène. Dix représentations constituèrent une performance très honorable pour ce début dramaturgique de l'acteur.

Le Notaire obligeant (ou Les Fonds perdus). Dancourt. 3 a. en prose (8 juin). La Haye, Foulque, 1696.

Valére et Angelique s'aiment, mais ont pour rivaux leurs parents respectifs, Oronte, père du premier, et Mme Gérante, mère de la seconde. Merlin, valet de Valère, et Lisette, suivante d'Angélique, travaillent à persuader les vieux amoureux d'abandonner leur fortune aux jeunes gens; aveuglé par la passion, Oronte s'exécute sans tarder. Merlin soutire ensuite deux mille écus à Mme Argante sous prétexte de faire libérer Valère du Châtelet; il produit ensuite une fausse lettre qui laisse croire à la vieille dame que Valère a reçu une alléchante proposition matrimoniale d'une marquise, et la convainc d'offrir tout son argent au jeune homme pour s'assurer de son affection. Oronte fait venir chez lui un notaire qui doit établir son contrat de mariage, mais Merlin le fait recevoir par Le Bègue, laquais dont le défaut de langue irrite le magistrat. A la suite d'une violente altercation, ce dernier s'en repart et Valère lui substitue un notaire à sa solde, qui établit un contrat le liant à Angélique ainsi qu'un autre au nom d'Oronte et de Mme Gérante. Mis devant le fait accompli, Oronte et Mme Argante signent les contrats; Merlin, de son côté, épousera Lisette.

Nouveau venu dans le personnel dramatique, le notaire (ou son substitut, le tabellion, lorsque l'action est située dans un village) va connaître une certaine popularité dans la comédie fin de-règne, qui montre une prédilection pour les gens de la chicane, officiers et fonctionnaires en tous genres. Le notaire se signale bien sûr par le rôle qu'il joue dans l'établissement du contrat qui précède la célébration du mariage. Le mariage des domestiques en parallèle avec celui de leurs maîtres se systématise en proportion de l'importance qu'on prise les valets et les servantes, bientôt concurrents des jeunes amoureux pour occuper le devant de la scène.

Colombine avocat pour et contre. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a.(8 juin). Théâtre Italien 1.

Au grand désespoir de son amant Cinthio, Isabelle, fille du Docteur est résignée à épouser le marquis Sbrufadelli (Arlequin) à qui son père la destine; celui, ayant hérité d'un oncle richissime, veut se dédire de sa promesse de mariage à Colombine. Pasquariel, déguisé en Espagnol, raconte à Arlequin le désespoir de Colombine, dont selon lui tout Venise parle. Cette dernière, également déguisée en Espagnole, vient parler à Arlequin avant de se démasquer et de maudire son fiancé volage, qui croit voir vu un fantôme. Cinthio de son côté, tente en vain de soudoyer Scaramouche pour communiquer avec Isabelle, qui tente de dissuader son père de conclure le mariage. Arlequin se fait valoir auprès d'Isabelle en lui parlant de sa familiarité avec la cour, et de sa charge de colonel nouvellement acquise. Lorsque Colombine travestie vient se présenter à Isabelle pour solliciter un emploi de chambrière, Arlequin, séduit, tente de la débaucher et lui promet de l'installer chez lui comme maîtresse --- de nouveau, elle se dévoile et maudit Arlequin, terrorisé.

Cherchant à acheter une esclave mauresque, Arlequin se laisse entraîner dans un faux cabaret, où il tombe sur Colombine déguisée en Gascon, qui l'effraye à nouveau en révélant son identité. Plus tard, Colombine se grime en Mauresque, mais Arlequin refuse de payer la somme qu'on lui demande. Arrive Cinthio qui provoque Arlequin en duel; Colombine intervient pour les séparer, et une fois de plus elle révèle son identité à Arlequin en le maudissant. De retour chez lui, celui-ci est mystifié par Pasquariel déguisé en peintre et censément venu pour finir son portrait. Grâce à un trucage, l'image de Colombine apparaît lorsque Arlequin regarde le portrait, et le maudit. Lorsque le docteur et Cinthio projettent de faire condamner Arlequin pour dédit, Pasquariel s'inquiète et va avertir ce dernier, en lui proposant l'aide d'un docteur, qui se trouve être Colombine.

Traqué par le docteur et une troupe d'archers, Arlequin se cache dans les jupes de Scaramouche costumé en femme, mais il est rapidement arrêté et promis au gibet. Du coup, Colombine se désespère de la tournure des événements et décide de sauver son amant ingrat. Après avoir d'abord accusé Arlequin d'infamie auprès du tribunal, ce qui amène un verdict immédiat de pendaison, elle revient au prétoire habillée en avocat et plaide avec passion la cause inverse, obtenant la relaxe de son amant. Impressionné, celui-ci affirme qu'il épouserait ce remarquable avocat s'il était fille; Colombine se démasque et le mariage est conclu.

La scène de l'audience qui donne son nom à la pièce --- véritable «marque de fabrique» de Fatouville --- occupe à peine un huitième de cette comédie à tiroir, écrite en quatre langues avec des scènes entières en italien et en espagnol, et prétexte à toutes sortes de déguisements. Scaramouche y plaçait son célébrissime «lazzi de l'épouvante» (II, 7), «où il faisait pâmer de rire pendant un gros quart d'heure (...) où il ne proférait pas un seul mot».

Les Enlèvements. Baron. 1 a. en prose. (6 juil.) Paris, Guillain, 1686.

Guillaume, fermier de M. de la Davoisière, gère si bien le domaine qu'il a fini par accumuler une petite fortune qui fait de sa fille Babet l'un des plus beaux partis de la région, même s'il répugne à la marier hors de sa condition. Le domestique Pellegrin, à qui Guillaume a refusé la main de Babet, projette d'enlever la jeune fille. Le comte, fils de M de la Davoisière, qui doit épouser Léonor, fille de M. de la Sozière, est également épris de Babet; Pellegrin lui conseille l'enlèvement, dont il espère bien profiter lui-même. Il se propose ensuite d'aider Léonor à finaliser son mariage avec le comte, puis laisse croire au paysan Pierrot que c'est lui qu'aime Babet, en lui signifiant qu'elle veut le retrouver le soir même. Finalement, il fixe le même rendez-vous à Vincent, neveu du curé et autre soupirant de l'héritière. Il informe ensuite Guillaume du projet d'enlèvement, et le conduit à l'endroit convenu, où le père furieux rosse de coups le pauvre Vincent, et malmène Pierrot travesti qu'il prend pour Babet. M. de la Sozière est surpris d'apprendre que son fils a enlevé Léonor, sa promise. Guillaume découvre alors que Babet a également été enlevée --- par le chevalier, autre fils de fils de M. de la Davoisière. Léonor réapparait et révèle qu'elle s'est déguisée en paysanne pour se faire enlever par le comte, qui l'avait d'abord prise pour Babet, et qui a finalement décidé de l'épouser. M. de la Davoisière, satisfait de la tournure des événements, suggère à Guillaume d'accepter le fait accompli.

Enlèvements, chassé-croisés, déguisements, quiproquos à la faveur de l'obscurité: cette comédie utilise des ingrédients sans surprises. Notons toutefois le cadre villageois, appelé à connaître une vogue grandissante, et qui permet de faire se cotoyer de façon plausible diverses conditions en créant ainsi des tensions intéressantes (à comparer à La Coquette de Village de Dufresny, 1715). Le pouvoir égalisateur de l'argent, manifeste dans la promotion d'une Babet au rang de premier parti de la contrée, crée en effet une situation insolite, puisque la jeune femme a pour prétendants cinq individus issus de couches sociales bien différenciées. Les scrupules initiaux de Guillaume (échos de George Dandin?) pourraient laisser croire qu'il ne donnera pas forcément sa fille à celui qui est le plus haut placé sur l'échelle sociale. En fait, l'irruption du chevalier dans le stratagème compliqué mis en place par Pellegrin «clarifie» la situation: Babet et sa dot valent bien un titre. L'auteur, d'une certaine manière, nous indique qu'il ne pouvait en être autrement, comme si le mécanisme symbiotique de la promotion sociale et du renflouement financier dépassait la volonté des individus: c'est le sens du conseil final de M. de la Davoisière à Guillaume.

Le Florentin. [La Fontaine] Champmeslé. 1 a. en vers (23 juil.). Publiée sous le nom de La Fontaine, La Haye, Moetjens, 1701.
Angélique et Médor. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Charpentier (1e août). Bruxelles, Foppens, 1698.

Isabelle, amante d'Eraste, a été fiancée par sa mère, Mme Bélise, au riche bourgeois Guillemin qui, sachant que la jeune fille adore l'opéra, imagine de former une troupe pour la divertir. Sa suivante Lisette introduit alors dans le logis Eraste et son Valet Merlin, qui se font passer l'un pour chanteur, et l'autre pour compositeur. Impressionné par les rodomontades de Merlin, M. Guillemin le charge d'organiser la troupe et de préparer un spectacle. Lors de la représentation, Eraste chante en duo avec Isabelle un aria à la fin duquel les personnages sont censés sortir de scène; les deux héros s'échappent ainsi sans éveiller les soupçons. Lorsque leur fuite est découverte, M. Guillemin, furieux d'avoir été dupé, s'en va pour ne plus revenir; Eraste reparait alors et offre d'épouser Isabelle en toute légalité, ce à quoi Mme Bélise consent par crainte du scandale.

Cette comédie inaugure un procédé que Dancourt lui-même et ses confrères reprendront fréquemment par la suite, l'emprunt à l'opéra, genre concurrent d'une extrême popularité. Il ne s'agit pas exactement encore de parodie (contrairement à ce qu'indiquent les Parfaict), mais d'emprunts, à Roland, joué la même année, mais aussi à Atys (1673), Alceste (1676), et Amadis (1674) de Quinault et Lully. Outre ces «citations», Dancourt émaille sa pièce de commentaires et de discussions sur l'opéra, témoignant par là de l'intérêt que celui-ci pouvait alors soulever. Quatorze représentations en font un très honnête succès, le premier de Dancourt.

L'Héroïne. 1 a. (10 sept.)
Isabelle médecin. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (10 sept.). Théâtre Italien 1.
Les Amours de Vénus et d'Adonis. Donneau de Visé, mus. de Charpentier (23 sept.).
La Femme têtue, ou Le Médecin hollandais. [Robbe?] 1 a. en vers (9 oct.). Paris, de Luyne, 1686.
L'Opérateur. 1 a. (24 oct.).
Les Façons du temps (ou Les Moeurs du temps). [Sainctyon]. 5 a. en prose (13 déc.). Publiée sous le nom de Palaprat, La Haye, Van Ellinckhuysen, 1696.

Peuplée de personnages cyniques, et antipathiques, cette satire de moeurs pourrait servir de manifeste à la «génération cynique». On en retrouve les éléments dans nombres de pièces ulterieures, en particulier celles de Dancourt, avec qui Sainctyon collabora directement à deux reprises.

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1686
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OEuvres lyriques et ballets

Ballet de la jeunesse. Dancourt, mus. de Delalande. Opéra-ballet en 3 a. et trois intermèdes (Versailles, 28 jan.). [balletdelajeunesse.htm]
Armide. Quinault, mus. de Lully (25 fév.).
Acis et Galatée. Campistron, mus. de Lully. Pastorale héroïque (Anet, 6 sept.).
Alphée et Aréthuse. Boësset (Fontainebleau, oct.).
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Tragédie

Antigone. Pader d'Assézan [et Boyer] (14 mars).
Phraate. Campistron (26 déc.).
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Comédie

Le Baron des Fondrières. T. Corneille. 5 a. (14 jan.).
L'Homme à bonne fortune. Baron. 5 a. en prose (30 jan.). Paris, Guillain, 1686.

Eraste aime Lucinde, jeune veuve qui est éprise de Moncade; sa soeur Léonor et la servante Marton se proposent de l'aider. Le beau Moncade est courtisé par de nombreuses femmes qui le couvrent de cadeaux; il redistribue ceux-ci aux unes et aux autres en gage de son affection. Il se déclare néanmoins amoureux de Léonor, et n'accepte ni les scrupules de son valet Pasquin, ni les remontrances de Marton.

Venues voir Moncade, Araminte et Cidalise s'apperçoivent qu'elles portent chacune un bijou que l'autre avait offert au séducteur. Araminte révèle à Lucinde la duplicité de Moncade, et lui montre pour preuve un billet qu'elle avait reçu de celui-ci. Lorsque Lucinde confronte Moncade, le jeune homme arrive à lui faire croire que c'est à elle que le poulet était destiné.

Léonor, avertie de l'affaire, accuse à son tour Moncade, qui lui explique que sa relation avec Lucinde a été arrangée par son père pour des questions d'argent, et parvient à la convaincre que c'est bien elle qu'il aime. Il persuade ensuite Lucinde qu'il a feint d'aimer Léonor pour faire cesser ses commérages, ce qui fait échouer la manoeuvre de Léonor pour tenter de désabuser son amie.

Par ailleurs, Moncade avoue à Eraste qu'il aime sa soeur mais qu'il n'a aucune intention de l'épouser. Lucinde et Marton tendent alors un piège à Moncade en lui faisant croire qu'une femme de qualité lui donne un rendez-vous où il doit venir les yeux bandés. Celui-ci s'exécute et, alors qu'il a les yeux bandés, croyant être certain de l'indentité de la mystérieuse coquette, proteste de son amour pour une certaine Julie, et médit de toutes ses amantes --- qui assistent à la scène.

Démasqué (à tous les sens du terme), il se voit abandonné par toutes. Finalement, Eraste épousera Lucinde.

Cette oeuvre ambitieuse, à la fois comédie de caractère et de moeurs, représente le sommet de la carrière dramaturgique de Baron, ainsi que son plus gros succès, avec 35 représentations d'affilée. La part d'auteur (2675 francs et 4 sous) en fait aussi la pièce nouvelle la plus lucrative de la première décénie de la Comédie-Française. En dépit de ce franc succès, (ou peut-être à cause de lui), cette comédie a donné matière à la critique de La Bruyère contre la mise en scène d'un personnage d'efféminé au nom du naturel. (Les Caractères, «Des ouvrages de l'esprit», ¶ 52.)

Merlin dragon. Desmarres. 1 a. en prose (26 avril). La Haye, Foulque, 1696.

M. de la Serre, dont le fils Philandre devait épouser la fille de M. Oronte, Isabelle, se décide à la prendre lui-même pour femme. D'abord hésitant, Oronte accepte à condition que la Serre s'engage à verser un dédit de vingt mille francs, et à laisser la moitié de sa fortune à sa fille s'il venait à mourir. Philandre, désespéré de la tournure des événements, accepte l'aide que lui propose Merlin, valet intrigant d'un des ses amis. Ayant appris que le fils d'Oronte est capitaine de dragons, Merlin usurpe son identité et, entraînant avec lui quelques militaires de la compagnie où sert son cousin, s'introduit chez la Serre et, sous prétexte de le féliciter de son prochain mariage, se mettent à piller sa maison et à semer la terreur dans sa ferme. Pour se débarasser des soudards, la Serre se voit forcé de renoncer à son projet matrimonial.

Le thème de la dragonnade était alors tristement d'actualité à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes et de l'intensification des persécutions contre les huguenots. L'intrusion des soldats dans une maisonnée constituait un fléau contre lequel le particulier était impuissant, d'où un humour assez inquiétant, comme d'ailleurs le personnage de Merlin, dont c'est la première apparition comme rôle-titre. La recette eut en tous cas un succès considérable, puisque la pièce fut jouée vingt-trois fois.

Le Brutal de sang-froid. 1 a. (3 mai).
Le Niais de Sologne. Raisin l'aîné. 1 a. en prose (3 juin).
Le Feint Polonais (ou La Veuve impertinente). Hauteroche. 3 a. en prose (5 juil.). Lyon, Plaignard, 1686.
Renaud et Armide. Dancourt. 1 a. en vers (31 juil.). Paris, Guillain, 1697.

Angélique, amante de Clitandre, a été fiancée par son père, M. Grognac, à un robin, M. Filassier. Mme Jacquinet, soeur de M. Grognac, compatit avec sa nièce; elle-même, bien que veuve, fréquente un jeune homme qu'elle retrouve à l'opéra, où ils aiment à se prendre pour les amants romanesques Renaud et Armide. En fait, ce soupirant n'est autre que Clitandre, qui cherche à lui soutirer de l'argent pour s'acheter une compagnie de dragons. Les affaires des jeunes gens, d'abord mal engagées, sont arrangées à la suite d'une mise en scène imaginée par leurs domestiques, L'Olive et Lisette. Clitandre se fait passer pour fou, censément des suites d'un engouement trop fort pour l'opéra. L'Olive et Lisette expliquent à M. Grognac que le jeune homme doit épouser Angélique tout de suite pour éviter que le mal empire; le vieillard donne son accord malgré la colère de sa soeur. Lisette et l'Olive décident de s'unir également.

Les Nouvellistes. 1 a. (16 oct.).
L'Homme de guerre. 5 a. (6 déc.).
La Coquette, et la fausse prude. Baron. 5 a. en prose (28 déc.). Paris, Guillain, 1687.

Cidalise, jeune veuve qui se laisse courtiser par Eraste sans songer au mariage, réside chez son oncle Damis, qui lui reproche son inconduite. Elle est néanmoins soutenue par Marton, sa suivante, qui lui conseille d'ignorer les remontrances de Damis, et de ne pas éconduire deux autres prétendants, l'avocat Durcet et l'homme d'affaires Basset. En réalité, c'est la tante de Cidalise, Céphise, elle-même amoureuse d'Eraste, qui pousse Damis à harceler sa nièce. Celle-ci repousse Durcet tout en le ménageant, car il mène un procès qu'elle a en cours; de même, elle laisse des espoirs à Basset parce qu'il lui a avancé de l'argent.

Alors que, fâchée contre Eraste, elle demande à Marton de lui rendre la bague et le portrait qu'il lui avait donnés et de lui signifier sa disgrâce, Pasquin, valet d'Eraste vient déliver une lettre de rupture. Arrive ensuite Eraste qui, en dépit d'emphatiques propestations d'indifférence, fait tout ce qu'il peut pour voir Cidalise, y compris soudoyer Marton.

Lucille, qui se désespère de ne pas pouvoir épouser son amant le comte, révèle à sa cousine Cidalise les critiques dont Céphise accable celle-ci à son insu. Pasquin vient annoncer le départ d'Eraste --- ne supportant plus de vivre dans la même ville que son ex-maîtresse ---, mais Cidalise et Marton se moquent de sa pathétique lettre d'adieu.

Sur ces entrefaites survient le comte, puis Eraste qui, furieux d'avoir été ridiculisé, maudit Cidalise et insulte le comte qu'il croit être son rival.

Alors qu'on annonce le retour de Damis, Cidalise, sur les conseils de Marton, fait croire à sa tante que c'est elle qu'aime Eraste, ceci afin de l'amadouer pour qu'elle soutienne sa cause auprès de son mari. Celle-ci semble d'abord se prêter au jeu, mais accuse sa nièce de dévoiement et supplie Damis de la renvoyer chez son père. Dans l'intervalle, Eraste et Cidalise finissent par se réconcillier.

Durcet et Basset, se rencontrant fortuitement chez Cidalise, s'insultent mutuellement et demandent à la jeune femme d'arbitrer leur différend: celle-ci leur avoue alors qu'elle n'aime ni l'un ni l'autre. De son côté Eraste découvre que c'est de Lucille que le comte est amoureux, et non de Cidalise.

Cidalise apprenant que Céphise et Damis projettent de la renvoyer chez son père, se prépare à fêter son départ par une nuit de débauche. Cependant, lorsqu'elle découvre un billet doux que sa tante avait envoyé à Eraste, elle se sert de cette pièce compromettante pour confondre Céphise en présence de Damis. Il ne subsiste aucun obstacle à l'union de Cidalise et Eraste, alors que Pasquin, qui voulait épouser Marton, se voit durement rejeté.

Certes, l'intrigue de cette pièce laisse beaucoup à désirer, ce que souligne un dénouement particulièrement bâclé, amené par l'énorme ficelle du billet, et qui se conclut par un échange abrupt entre les deux domestiques (Pasquin --- Et moi, Marton? Marton --- Ote-toi de là, ivrogne). Baron, s'il avait le sens de la scène, avait beaucoup moins celui de l'écriture. Toutefois, l'intérêt de la pièce réside dans ce personnage de veuve délurée et cynique, sorte de chaînon manquant entre Célimène (que rappelle le nom de Cidalise) et la Mme Patin du Chevalier à la mode, qui sera créé l'année suivante. Si en effet elle jongle avec les prétendants et joue avec les sentiments d'Eraste, Cidalise reste soumise à une tutelle sur laquelle repose l'intrigue: il lui faut le consentement de son père et de son oncle pour épouser Eraste, alors que Mme Patin, tout en devant subir les conseils insistants de son beau-frère Serrefort, sera libre de son choix.

haut

1687
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OEuvres lyriques et ballets

Achille et Polyxène. Campistron, mus. de Lully, achevée par Colasse (7 nov.).
Le Canal de Versailles. Philidor l'Aîné. Divertissement (Versailles, 16 juil.).
Les Bergers de Marly. Moreau. Divertissement (Marly, sept.).
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Tragédie

Géta. Péchantré (29 jan.).
Varron. Du Puy (14 nov.).
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Comédie

Le Banqueroutier. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (19 avril). Théâtre Italien 1.
Le Rival de son maître. 5 a. (25 avril).
Le Badaut. 1 a. (10 mai).
Le Petit-Homme de la foire. Raisin l'aîné. 1 a. (20 mai).
Merlin peintre. La Thuillerie [et Abeille?]. 1 a. (20 juil.).
La Désolation des joueuses. Dancourt. 1 a. en prose (23 août). Paris, Guérout, 1688.

Angélique aime Dorante, jeune homme de bonne famille qui doit hériter d'un riche oncle à l'agonie; mais la mère de la jeune fille, Dorimène, est une joueuse acharnée et veut la marier au chevalier de Bellemonte, professionnel des jeux de cartes, dont elle espère qu'il fera rapidement fortune. Alors que l'interdiction du lansquenet bouleverse le salon de Dorimène, le chevalier s'avère n'être que fils de barbier et tricheur de bas étage; il est démasqué par Merlin, valet de Dorante et ex-escroc lui-même, dont il avait autrefois été l'associé. Dorimène, dépitée, accepte de donner Angélique en mariage à Dorante.

Cette «pochade presque dépourvue d'intrigue» (Blanc) est en fait une comédie à tableaux sur l'univers du jeu parisien, thème récurrent dans la comédie de l'époque, mais plus particulièrement d'actualité en raison d'un récent arrêt du conseil d'Etat du 18 juillet réitérant l'interdiction de la bassette, du lansquenet et autres jeux d'argent. Soucieux d'exploiter la situation, Dancourt interrompit son travail sur le Chevalier à la mode pour écrire et monter cette pièce, un mois à peine après l'événement, et avec une réussite certaine (quatorze représentations).

Le Chevalier à la mode. Dancourt et Sainctyon. 5 a. en prose (24 oct.). Paris, Guérout, 1687.

Mme Patin, riche veuve d'un financier, doit épouser un rapporteur, M. Migaud, alors que sa nièce est promise au fils de celui-ci. Mortifiée par un incident où elle a dû céder le passage dans un carrefour à une marquise en piteux équipage, elle décide de changer ses projets et de s'unir au chevalier de Villefontaine, jeune oisif qui vit de ses charmes. Courtisé par de nombreuses femmes d'âge mûr qui le comblent de cadeaux, le chevalier leur promet le mariage à toutes sans jamais s'exécuter; en fait, il aime une jeune bourgeoise qu'il a rencontrée aux Tuileries.

Mme Patin doit faire face aux critiques de M. Migaud et de son beau-frère M. Serrefort, qui tentent en vain de lui démontrer l'inconscience dont elle fait preuve, et qu'elle éconduit brutalement. Une de ses amies, la baronne, vient lui rendre visite et trouve chez elle le Chevalier, dont elle est l'une des soupirantes. Celui-ci évite de justesse une confrontation avec les deux femmes et part brusquement, laissant à Mme Patin un poème galant auquel son valet Merlin a attaché par inadvertance une liste de ses conquêtes; le séducteur doit user de toute sa force de persuasion pour convaincre Mme Patin qu'il s'agit d'une liste inventée par Merlin.

Lucille, nièce de la veuve, vient chercher assistance chez sa tante, car elle est harcelée par son père qui a découvert sa liaison avec un jeune homme noble, Des Guérets. Pour ennuyer son beau-frère Serrefort, Mme Patin décide d'aider Lucille et lui offre sa protection. Alors que celle-ci lit un poème que son amant lui a donné, la baronne fait son entrée et reconnait immédiatement les vers du chevalier; Mme Patin se rend compte que le séducteur lui a également donné le même poème et, dépitée, décide d'épouser M. Migaud. Le chevalier réapparait et réussit une fois encore à persuader la veuve de son innocence; leur mariage est fixé au lendemain matin.

La servante de Mme Patin, Lisette, informe M. Serrefort, M. Migaud et la baronne de ce qui se prépare, et cette dernière fait une entrée fracassante chez la veuve, qu'elle provoque en duel; c'est à grand peine que le cocher réussit à la mettre dehors. Arrive alors Lucille, que son père a battue après l'avoir trouvée dans les bras de son soupirant; Mme Patin lui propose de faciliter leur fuite, mais le chevalier arrive et Lucille reconnait en lui son amant. Définitivement dégoûtée, Mme Patin accepte enfin d'épouser M. Migaud, à condition que le fils de celui-ci soit marié à Lucille. De son côté, le chevalier se console de sa déconvenue en ravivant l'espoir de la baronne, dans l'attente qu'un meilleur parti se présente.

La plus complexe --- sans doute grâce à l'apport de Sainctyon --- des pièces de Dancourt met en scène deux types essentiels de la comédie post-moliéresque: la riche veuve, indépendante de caractère et (relativement) libre de ses actes, et le petit-maître, jeune gigolo de petite noblesse, amoral et jouisseur. Le dénouement est représentatif du ton désabusé de cette comédie dont on ne peut dire qu'elle se termine bien pour aucun des personnages: l'héroïne se résoud au genre de mariage rassis qui lui faisait horreur, entraînant sa nièce dans le marché, alors que le chevalier ne semble pas trop se soucier de ses multiples échecs et continue simplement de poursuivre d'autres aventures. On comprend que de telles oeuvres aient contribué à la réputation de cynisme attachée à l'époque fin de règne. Jouée vingt-trois fois d'affilée, restée au répertoire jusqu'au milieu du XIXe siècle (370 représentations en 1854), elle a été reprise jusqu'en 1950, et a fait l'objet de deux éditions critiques.

Le Voleur, ou Titapapouf. Mlle de Longchamps. 1 a. (4 nov.).
Le Jaloux. Baron. 5 a. en vers. (17 déc.). Théâtre de M. Baron, Paris, Ribou, 1736.
La Cause des femmes. Monchesnay. 3 a. (26 déc.). Théâtre Italien 2.
Arlequin grand vizir. Comédie-Italienne.

haut

1688
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OEuvres lyriques et ballets

Le Mariage de la couture avec la grosse Cathos et La Princesse de Crête. Philidor l'aîné. Divertissements (Versailles, fév.).
David et Jonathas. Bretonneau, mus. de Charpentier (College Louis-le-Grand, 23 fév.).
Flore et Zéphire. Du Boulay, mus. de Louis et Jean-Louis Lully (22 mars).
Orontée. Le Clerc, mus. de Lorenzani et Jean-Louis Lully (Chantilly, 23 août).

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Tragédie

Régulus. Pradon (4 jan.).
Annibal. Riuperous. (5 nov.).
Coriolan (28 nov.).
Phocion. Campistron (16 déc.).
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Comédie

La Critique de La Cause des femmes. Monchesnay. 1 a.(14 fév.). Théâtre Italien 2.
Le Divorce. Regnard. Prologue et 3 a. (17 mars). Théâtre Italien 2.

Isabelle, fille coquette et dépensière, voudrait bien être séparée du vieux bourgeois Sotinet, qu'elle a épousé pour son argent mais qui tarde à mourir. Afin de faciliter l'entreprise, son frère Aurélio fait appel à Mezzetin, valet de Sotinet, qui lui apprend que l'affaire pourrait très bien s'arranger, moyennant paiement. Le cas se juge en un procès grotesque où Arlequin plaide contre Colombine, qui obtient que la dot d'Isabelle lui soit restituée, qu'elle reçoive une pension, et que Sotinet soit interné dans un asile d'aliénés. Finalement, Arlequin et Colombine décident de se marier à l'essai pour un an.

Pour sa premiere collaboration avec les Italiens, Regnard cherche sa voie entre Molière la commedia dell'arte, quoique le procès qui aboutit au divorce offre l'une de ces fictions juridiques propres à la comédie fin-de-règne.

Le Faux Gascon. Raisin l'aîné. 1 a. (28 mai).
La Coupe enchantée. [Champmeslé] La Fontaine. 1 a. en prose (16 juil.). Paris, Ribou, 1710.
L'Epreuve dangereuse. 5 a. (4 août).

La Maison de campagne. Dancourt. 1 a. en prose (27 août). Paris, Vve Gontier, 1691.

M. Bernard, magistrat parisien, a acheté une maison de campagne à l'insistance de sa femme, Mme Bernard, qui s'empresse d'y inviter des personnes de qualité dont elle veut s'attirer les bonnes grâces: un abbé de cour, un marquis gascon et deux dames de la bonne société. A ceux-ci viennent bientôt s'ajouter un baron que s'est permis d'inviter le marquis, un neveu qui s'invite lui-même, et une comtesse, dont le carosse s'est brisé sur les mauvaises routes que M. Bernard n'a pas fait réparer dans l'espoir de décourager les visites. Arrivent ensuite une troupe de chasseurs du voisinage, ainsi que des cousins qui s'installent comme chez eux. Excédé par le sans-gêne de ces hôtes, M. Bernard a l'idée de transformer sur le champ sa maison en auberge, ce qui a pour résultat d'en chasser les indésirables; toutefois, il découvre avec stupeur que l'un des premiers clients n'est autre que l'amant de sa fille Marianne, Eraste, à qui il avait interdit l'accès de son logis. Alors que certains des fâcheux éconduits par M. Bernard le menacent de représailles, Eraste se propose d'arranger les choses par l'entremise de son père, qui possède de puissantes alliances, à condition qu'on lui accorde la main de Marianne. M. Bernard consent et persuade le jeune homme de lui racheter la maison de campagne où il refuse de demeurer plus longtemps.

Prototype des «dancourades» selon Blanc, cette comédie déplace à la campagne un personnel dramatique qui évolue normalement dans un cadre urbain. Ces «élites mixtes» où les grands bourgeois frayent avec une petite noblesse plus ou moins parasite se trouvent là manifestement hors de leur élément, avec de prévisibles effets comiques (mais on notera que les gens du cru, destinés à jouer un rôle toujours plus important dans la comédie de village de Dancourt, restent encore invisibles). L'auteur revient ici à la structure itérative qu'il avait déjà employée dans Les Nouvellistes de Lille, et en se rapprochant beaucoup des Fâcheux.

Le Marchand duppé. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (1er sept.). Théâtre Italien 2.
La Folie d'Octave. Comédie-Italienne (2 nov.).

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1689
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OEuvres lyriques et ballets

Le Palais de Flore. Genest [Beauchamps?], mus. de Delalande (Trianon, 5 jan.).
Thétis et Pélée. Fontenelle, mus. de Colasse (11 jan.).
Esther. Racine, mus. de Jean-Baptiste Moreau (Saint-Cyr, 26 jan.).
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Tragédie

Laodamie, reine d'Epire. Mlle Bernard (11 fév.).
Démétrius. Aubry des Carrières (10 juin).
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Comédie

La Dame à la mode (ou La Coquette). Dancourt. 5 a. (3 jan.).
Colombine femme vengée (ou La Femme vengée). M. D*** [Fatouville]. 3 a. (15 jan.). Théâtre Italien 2.
Le Docteur de verre. Bertrand (Marionnettes), foire Saint-Germain.
La Descente de Mezzetin aux Enfers. Regnard. 3 a. (5 mars). Théâtre Italien 2.

Mezzetin doit se rendre aux Enfers pour se mesurer à Orphée dans une joute musicale. Au passage, il fait la cour à Isabelle, à qui il propose même, pour ôter tout obstacle à leur amour, d'empoisonner son mari ainsi que sa propre femme, Colombine; mais cette dernière le surprend et le rosse. Arrivé aux Enfers, Mezzetin s'entend dire par Colombine déguisée que c'est lui qui est cocu. Devant Pluton, Isabelle supplie qu'on lui rende son époux défunt, alors que Colombine se lance dans une diatribe contre les abus des maris, et n'accepte de reprendre Mezzetin que s'il jure de la traiter avec plus d'égards. Pluton autorise tous les veufs à reprendre leurs épouses et ordonne que toutes les femmes, y compris la sienne, Proserpine, soient rendues au monde des vivants.

La mythologie burlesque, les effets spéciaux font ici bon ménage avec une thématique «féministe» déjà perceptible dans Le Divorce.

Les Fontanges maltraitées, ou les vapeurs. Baron. 1 a. (11 mai).
La Répétition. Baron. 1 a. (10 juil.).
Mezzetin Grand Sophy de Perse. Monchesnay. 3 a. (10 juil.). Théâtre Italien 2.
Le Veau perdu. La Fontaine [Champmeslé], mus. de Grandval. 1 a. en prose. (22 août).
Le Concert ridicule. Brueys et Palaprat. 1 a. en prose (14 sept.). Paris, Guillain, 1694.

On trouve dans cette première collaboration du tandem méridional une intégration de passages chantés (et une parodie des Fêtes de l'Amour et de Bacchus de Quinault et Lully) sans doute inspirée de la manière de Dancourt.

Le Débauché. Baron. 5 a. (6 déc.)

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1690
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OEuvres lyriques et ballets

Orphée. Du Boulay, mus. de Louis et J.-L. Lully (21 fév.).
Enée et Lavinie. Fontenelle, mus. de Colasse (7 jan.).
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Tragédie

Adrien. Campistron (11 jan.).
Agathocle. Aubry des Carrières (10 mai).
Valérien. Riupeirous (22 nov.).
Brutus. Mlle Bernard (18 déc.).
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Comédie

L'Homme à bonne fortune (ou Arlequin, homme à bonne fortune). Regnard. 1 a. (10 jan.). Théâtre Italien 2.

Arlequin, ancien valet, courtise les femmes du beau monde sous le nom de vicomte de Bergamotte. L'une de ses conquettes, Colombine, espère bien s'en faire épouser en dépit des critiques acerbes de sa soeur Isabelle. D'autre part, leur père Brocantin veut se remarier et donner Isabelle au Docteur.
Arlequin est arrêté pour malversation alors qu'il venait rendre visite à Colombine, mais cette dernière lui offre ses bijoux pour payer la caution. De son côté, Isabelle se travestit en homme pour faire croire au Docteur qu'elle a un amant et le faire fuir. Arlequin, costumé en potentat oriental, fait alors une entrée spectaculaire et demande la main de Colombine pour lui-même et celle d'Isabelle pour Octave, qu'il fait passer pour un noble de son pays; Brocantin, fort impressionné, accepte.

Les Fables d'Esope (ou Esope à la ville). Boursault. 3 a. en vers (18 jan.). Paris, Girard, 1690.

Esope, qui jouit d'un grand crédit auprès du roi Cyrus, est amoureux d'Ephrosine, fille du gouverneur de Sixique, Léarque. Ce dernier veut donner la jeune fille en mariage au fabuliste pour profiter de son influence, et bien qu'Ephrosine, amoureuse d'Agénor, ait pour ce vieillard difforme une aversion marquée. La suivante Doris tente en vain d'amener Esope à prendre contre son propre intrérêt le parti d'Ephrosine, en faisant valoir combien peu assortie serait son union avec un homme vieux et contrefait.

Agénor ayant plaidé sa cause auprès de Léarque, Esope sonde le gouverneur pour savoir les motifs de sa préférence; ce dernier lui avoue que c'est l'espoir d'obtenir quelque faveur à la cour qui le pousse à écarter le jeune homme, prétendant apparemment idéal. Léarque reste insensible aux raisonnements de Doris. Esope, de son côté, met à l'épreuve l'amour d'Euphrosine pour Agénor en la forçant à défendre celui-ci contre ses arguments de bon sens. Agénor décide alors de confronter Esope en personne pour le forcer à céder la place. Devant l'intransigeance de ce dernier, il menace de se donner la mort plutôt que de perdre son amante.

Lorsque Euphrosine demande à Esope de vouloir au moins repousser leur noces, le fabuliste ne lui accorde que deux jours de grâce, se déclarant impatient de consommer leur union. Alors que Léarque s'apprête à faire célébrer le mariage, Esope annonce qu'il se désiste en faveur d'Agénor, ayant pu vérifier la sincérité de l'amour des jeunes gens, et convaincu que son rival sera un meilleur mari que lui.

L'intérêt de cette comédie tient surtout à la cheville des fables qu'Esope «place» à chaque fois: à Hortense, un bas bleu qui s'estime supérieure à tout son entourage (I, 6), Le Rossignol; à deux vieillards qui se plaignent de leur gouverneur (II, 3), Les Membres et l'estomac; à Pierrot, paysan enrichi qui veut s'acheter une charge (II, 4), Les Deux Rats; à M. Doucet, généalogiste qui se fait fort de «retrouver» un lignage ancien moyennant finances (III, 4), Le Corbeau et le Renard; à Aminte, femme aux moeurs dissolue qui s'inquiète de la moralité de sa fille (III, 5), L'Ecrevisse et sa fille; à Albione, veuve prodigue qui espère obtenir du roi une riche dot pour ses filles (IV, 3) La Grenouille et le boeuf; à M. Furet, huissier qui voudrait une prime pour avoir donné quatorze enfants à l'Etat (IV, 5), Les Colombes et le vautour; à Pierrot et Colinette, qui se plaignent des abus de leur seigneur (V, 3), Le Loup et l'agneau; et à deux comédiens qui prétendent donner constamment des spectacles nouveaux (V, 4), La Montagne qui accouche.

La pièce permet surtout à Boursault de formuler une éthique du bon officier, serviteur désintéressé du roi et de l'Etat, tout en critiquant la vénalité des charges et des offices, les abus de pouvoirs des gouverneurs et des petits seigneurs, et les prétentions nobiliaires des parvenus. Après un début incertain, la pièce connut un immense succès: la part de Boursault (3291 francs et 7 sous) fut la plus élevée pour un dramaturge de XVIIe siècle après celle de Corneille et De Visé pour La Devineresse, et Esope détient le record des représentations (48 d'affilée) à la Comédie-Française pour les années 1680-1700. De tels résultats l'encouragèrent Boursault à composer une deuxième comédie avec le même héros, Esope à la cour (1701).

La Critique de l'Homme à bonne fortune. Regnard. 1 a. (1er mars). Théâtre Italien 2.
La Folle enchère. Dancourt [et Mme Ulrich]. 1 a. en prose (30 mai). Paris, Vve Gontier, 1691.

Eraste aime Angélique, mais sa mère, Mme Argante, s'oppose à leur mariage. La jeune fille a alors l'idée de se travestir en homme et réussit à séduire Mme Argante, qui n'hésite pas à verser trois mille livres au belliqueux Pharnabasac pour protéger son bien-aimé d'un duel. En réalité, le gascon n'est autre que Merlin, valet d'Eraste, et la somme est destinée à un notaire marron qui a promis d'aider les jeunes gens. Arrive alors une certaine Mme de la Thibaudière, affirmant que le jeune beau lui a été promis en mariage, et qu'un arrangement a en outre été conclu pour que son neveu épouse la soeur de celui-ci. Mme de la Thibaudière est en réalité un autre valet d'Eraste, Champagne; et l'histoire a été inventée pour que Mme Argante soit poussée à favoriser l'union de son fils avec la soeur de son amoureux, dans l'espoir de conserver ce dernier. Eraste fait mine de se résoudre à ce marché et le notaire soudoyé vient pour régler l'affaire. Lorsque Merlin refait son entrée, cette fois-ci dans le rôle du père du jeune homme, Mme Argante se voit forcée de conquérir son amoureux aux enchères contre la prétendue Mme de la Thibaudière. Le contrat signé, Angélique prend congé sous le prétexte d'aller faire signer sa soeur; il ne lui reste plus alors qu'à parapher le document elle-même.

Le Ballet extravagant. Palaprat. 1 a. en prose (21 juin). Paris, Guillain, 1694.

Première pièce de Palaprat seul, elle fait une large place au chant, au ballet et à la parodie d'opéra.

L'Eté des coquettes. Dancourt. 3 a. en prose. (12 juil.) Paris, Vve Gontier, 1691.

Angélique, jeune coquette, est courtisée par un maître de chant, un abbé, un financier, et Clitandre, son favori, qui l'a quittée il y a un mois pour aller à la guerre. Cependant, son amie Cidalise, qui aime également l'officier, affirme l'avoir vu à peine deux semaines plus tôt, alors que la vieille comtesse de Martin-Secq prétend avoir passé la soirée avec lui la veille même. Clitandre revient voir Angélique, qui le dénonce comme infidèle et imposteur; Cidalise et Angélique, désabusées, abandonnent le jeune homme, qui réussit néanmoins à obtenir le pardon de la comtesse à condition de rester avec elle.

Les Bourgeoises de qualité. Hauteroche. 5 a. en vers (26 juil.). Paris, Vve Gontier, 1691.
Merlin déserteur. Dancourt. 1 a. (8 août)
Le Cadet de Gascogne. 5 a. (21 août)
Les Filles errantes, ou les intrigues des hôtelleries. Regnard. 3 a. (24 août). Théâtre Italien 3.
Le Secret révélé. Brueys et Palaprat. 1 a. en prose (13 sept.). OEuvres de théâtre de Brueys, Paris, Ribou, 1735.
Merlin Gascon. Raisin l'aîné. 1 a. en prose (7 oct.). Publiée dans Five French Farces, éd. H. C. Lancaster, Baltimore, Johns Hopkins, 1937.
La Fille sçavante. Monsieur D*** [Fatouville]. 3 a. (18 nov.). Théâtre Italien 3.
Le Carnaval de Venise. Dancourt. 5 a. en prose et en vers (29 déc.).

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