Le Résumé
© 2010 Guy Spielmann
 
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Exercice 2

A) Dégagez les points principaux du texte suivant, exprimés sous forme schématique , puis ordonnez-les de façon a obtenir un plan. Deux difficultés importantes se présentent ici:

  • Dans sa forme, ce texte se présente comme narration d'une série d'événements, et sur le fond, comme analyse des motivations des manifestants. Or, il faudra presque complètement effacer l'aspect narratif et descriptif dans le résumé.
  • Cet article comporte beaucoup de détails anecdotiques et d'exemples qui ne pourront être conservés dans le résumer. Un important travail de synthèse préalable est donc nécessaire.

B) Rédigez un résumé en un peu moins de 200 mots (L'original en compte 751).

C) Rédigez un deuxième résumé en 100 mots environ.

Sur le plan stylistique, la difficulté de ce travail consistera surtout à rendre en français standard les nombreuses expressions familières ou argotiques.

Violente manifestation à Genève contre le néo-libéralisme.
Article de Pierre Hazzan dans le journal Libération du 18 mai 1998

     A l'entrée d'un restaurant de luxe, samedi dernier, un jeune tagueur écrit en grosses lettres noires : «OMC = Organisation mondiale du caviar.» A côté de lui, la manifestation organisée par l'Alliance mondiale des peuples (AMP) poursuit son chemin. Elle veut être le contrepoids de la réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce qui s'ouvre aujourd'hui à Genève, en présence de Bill Clinton, pour célébrer les 50 ans de l'accord de libre-échange du Gatt.
     Face au néolibéralisme, une coalition hétéroclite marche dans les rues de Genève, au son de rythmes salsa et techno. Des paysans sans terre du Brésil, des Kurdes, une zapatiste du Mexique, des lycéens, des squatters genevois, des beurs d'Annemasse, des «autonomes» cagoulés descendus de Zurich, une poignée d'Allemands venus en tracteur depuis Francfort, des infirmiers genevois en blouse blanche qui protestent contre la fusion des hôpitaux, des ex-soixante-huitards, des féministes, des syndicalistes suisses de la fonction publique, des chômeurs, des députés de gauche, des artistes en lutte, les opposants au génie génétique, des défenseurs des Maoris et des peuples autochtones...
     Les manifestants, entre 3 000 et 5000, sont pour la plupart très jeunes. Certains sont venus avec leur bébé, d'autres avec la rage. «Pour une fois, on ne sera pas les seuls à se faire casser la gueule par les flics», explique un adolescent, habillé grunge, coiffure iroquoise, cannettes de bière—futurs projectiles—à la main. Pacifistes ou enragés,dans leur diversité, les manifestants se retrouvent sur un même sentiment de dépossession. De leur terre, de leur travail, du sens de leur vie. «Nous sommes furieuxet exaltés, et nous tenons à le faire savoir», crie une manifestante. «L'OMC tue les gens. Nous devons tuer l'OMC», martèle le professeur Najundaswamy, président de l'organisation indienne des paysans au Karnataka. Parfois, la dureté des années 90 laisse brièvement place à un parfum des années 60 : «Mondialisons le bonheur. Instaurons l'Etat de résistance.» Mais la colère est là. C'est une vague d'applaudissements qui salue les paroles d'un leader argentin, Alejandro Demichelis: «Il est préférable de mourir debout qu'à genoux.»
     «McDo salaud !» A voir les manifestants, on a l'impression qu'un mouvement social encore flou est en train d'émerger, qui rassemblerait des «rebelles» en lutte contre un ordre du monde inégalitaire. «Ils veulent tout, nous ne voulons rien», scandent deux jeunes. Des autonomes expriment leur ras-le-bol des discours. Au cri de «McDo, salaud !», ils ont cassé la vitrine d'un restaurant de la chaîne américaine. Puis, avisant les fenêtres de la Société de banque suisse, ils balancent des projectiles. Les fenêtres se brisent. Avec la dégaine et l'accent de Jane Birkin, une Anglaise interroge : «Qui sont les agents provocateurs?» Le service d'ordre de la manifestation est quasi inexistant. Un organisateur tente de s'interposer. «Nique ta mère», s'entend-il dire.
     Des policiers en civil mitraillent de photos les manifestants, mais se gardent d'intervenir. A 150 mètres de l'OMC, les autonomes zurichois cherchent l'affrontement. Quelques Français leur donnent un coup de main. Les Italiens et les Allemands ont été bloqués à la frontière. Les organisateurs rappellent en vain qu'«il y a des femmes et des enfants». Les bouteilles, la peinture et les pierres volent. Les policiers, solidement protégés, encaissent sans réagir. Beaucoup de télévisions sont là. Et ce n'est pas le moment de donner une image des forces de l'ordre perdant leurs nerfs, au moment où la Suisse cherche sa place dans le monde. Des jeunes beurs sont exaspérés. «On voit bien que ce n'est pas une manif française. Les flics ne chargent pas. Et les Zurichois ne sont pas foutus de foutre le feu aux bagnoles.»
     Le cortège s'est déjà replié pour un grand pique-nique au milieu de la ville. La nuit, les autonomes, quelques centaines selon la police, se retrouvent au centre-ville, à Plainpalais. Là, les affrontements deviennent plus durs. Les forces de police font usage de gaz lacrymogènes. Leur retenue de l'après-midi est oubliée. Les autonomes cassent les vitrines, pillent les magasins.
     Sur son balcon, Patrice Maye est aux premières loges : «Je ne veux pas casser du flic, mais j'ai assisté à des scènes d'une violence inouïe. A partir du moment où un policier a annoncé que ceux qui se trouveraient encore dans les rues seraient passibles de délits d'émeute, les flics ont chargé, matraqué, passé à tabac sans pitié. Moi-même, j'ai dû appeler une ambulance pour un type qui s'était fait fracasser par la police.» Hier, Genève s'est réveillé avec le mot «Fuck» sur les vitrines de ses banques, écrit en rose.