|
|
Introduction
à la sémiotique
|
| I. Du
Système au
signe: Le système |
 |
 |
| Le concept de système
s'applique utilement à l'étude de la plupart
des sciences, des sciences sociales, mais aussi des humanités
ou des beaux-arts. Le langage est l'un des systèmes les
plus complexes que nous connaissons, et jusqu'à présent
nul n'est jamais parvenu à rendre compte exactement de
son fonctionnement, même si la morphologie, la syntaxe,
la sémantique, la sémiotique, etc. sont toutes
des systémiques appliquées. Toutes les sciences
du langage réclament donc une certaine familiarité
avec le concept de système et ses implications, et en
particulier celles qui ont trait à la production du
sens.
1. Qu'est-ce
qu'un système? Voici quelques une des définitions qui ont
été proposées:
-
«Quelque
chose de plus ou moins organisé qui est distinct,
de quelque façon que ce soit, de son environnement»
(Lerbet, 1984)
-
«Quelque
chose qui fait quelque chose (activité = fonction)
et qui est doté d'une structure, qui évolue
dans le temps, dans quelque chose (environnement) pour quelque
chose (finalité)» (Le Moigne, 1977)
- «Ensemble de composants
en interaction non-aléatoire» (Berbaum, 1982)
-
«Combinaison
d'éléments formant un tout organique en vue
de l'atteinte d'un but spécifique ou de la réalisation
d'une mission générale. Système
circularoire/digestif/nerveux; sytème planétaire/scolaire;
système de canalisation / électrique / ferroviaire
/ informatique / de défense / de signalisation /
métrique.» (Legendre, 1993)
«Ensemble dynamique d'éléments distincts,
interreliés, possédant une structure et formant
un tout cohérent, ordonné et orienté
vers un but.» (Legendre, 1993)
Les traits indispensables pour
définir un système peuvent se résumer comme
suit: |
|
|
Pluralité
des éléments:
Un élément n'ayant de relations avec aucun autre
ne peut, par définition, constituer un système.
Cohérence
interne et détermination externe:
le système existe par sa propre structure, mais aussi
parce qu'il est d'une certaine manière distinct de son
l'environnement.
Il a donc une frontière,
mais celle-ci est poreuse (la plupart des systèmes sont
ouverts, c'est-à-dire qu'ils ont des interactions
avec leur environnement par l'entremise d'une interface),
et souvent variable selon le point de vue.
|
|
Non-Sommativité:
Le système n'est pas réductible à la seule
somme de ses éléments; «le tout est plus
grand que la somme de ses parties».
Interaction dynamique entre les éléments:
Les relations, dont l'ensemble forme la structure. Un simple
aggrégat d'éléments ne constitue pas un
système.
Processus temporel: le système peut se modifier
dans le temps, tout en gardant son identité propre (homéostasie).
Fonction, orientation vers un but: c'est souvent
lui qui permet de déterminer la nature du système,
et même son existence.
|
|
2.
Quelques caractéristiques
du système
- Un
système peut être décomposé en
sous-systèmes, lesquels peuvent former une hiérarchie.
Ainsi le système corps humain se décompose en
sytème nerveux, digestif, respiratoire, etc., eux-même
formés d'organes (foie, poumon, veines, etc.); chaque
organe est formé de tissus, eux-mêmes formés
de cellules, etc... D'un autre côte, l'individu humain
peut être considéré comme sous-système
de la famille, qui est un sous-système de la société.
Divers termes sont utilisés pour exprimer cette hiérarchie
par emboîtement: supersystème, suprasystème,
métasystème (en ordre croissant).
- Un
système décomposable en systèmes non
hiérarchisés sera désigné par
le terme de macrosystème, et ses éléments,
micro-systèmes
- Notons
que les éléments, les unités du
système, entretiennent toujours deux types de relation:
de ressemblance (deux entités n'ayant absolument
aucun point en commun ne peuvent pas, par définition,
faire partie du même système) et d'opposition
(sans quoi une unité ne se distinguerait pas d'une
autre). Néanmoins, toute différence n'a
pas forcément valeur d'opposition dans un système
donné; certaines différences ne produisent que
des variantes d'une même unité.
- On
définira comme système signifiant tout
système qui a pour but de produire du sens—même
si cette fonction coexiste avec d'autres, comme par exemple
le système vestimentaire, qui porte à la fois
un sens social et esthétique, mais aussi sert à
protéger les humains des éléments.
|
| 3. Les
Réseaux
Un réseau constitue
la réalisation concrète d'un système. Dans
un réseau ferroviaire, par exemple, les éléments
sont des gares, et les relations des voies de chemins de fer
sur lesquelles circulent les trains. Sur ce modèle pourtant
très simple, on constate immédiatement la nature
complexe du système, puisque les relations sont en fait
de quatre types: la présence des rails, la présence
de l'électricité—toutes deux permanentes—,
la présence des trains et des passagers qui y prennent
placent—toutes deux contingentes. Ces quatre éléments
sont liés par des rapports hiérarchiques: puisque
le réseau ferroviaire n'existe que pour le transport
des passagers, la présence de ceux-ci constitue un préalable
à son existence; mais, d'un autre côté,
l'intégrité du réseau dépend de
la présence de chaque morceau de rail. De même,
les rails ne servent pas à grand chose sans les trains
qui peuvent y circuler, et ceux-ci ne peuvent pas circuler sans
rails, ni sans électricité.... Les questions qui
se posent quant au développement et à la maintenance
des réseaux s'interpréteront différemment
si l'on se place du point de vue des structures permanentes,
des structures contingentes, ou de leur utilisation.
Le schéma ci-dessus ne représente
qu'un type d'architecture systémique parmi d'autres.
Non seulement les réseaux ont pour la plupart quatre
dimentions (trois dans l'espace, plus le temps), mais ils comprennent
un certain nombres de nodes servant à y assurer une certaine
centralisation sans laquelle l'efficacité se voit considérablement
réduite. Dans les exemples ci-dessous, on voit plusieurs
modes de centralisation possible:

Cliquez sur l'image |
En
haut à gauche, le mode «centralisé»
relie tous les éléments à une node
centrale unique. Le mode «décentralisé»
regroupe les éléments par petits paquets,
dont un seul est relié à l'extérieur.
Le mode «distribué» correspond à
peu près à mon schéma ci-dessus,
puisque chaque élément y est relié
à plusieurs autres sans hiérarchisation.
Quant à l'internet, il constitue un compromis
entre la distribution et la centralisation, puisqu'il
n'a pas de centre mais que chaque élément—c'est-à-dire
chaque ordinateur qui y est relié—doit
passer par un serveur (une node).
Source:
infographie publié dans Science & Vie
987 (sept. 1999), p. 97. |

Cliquez sur l'image |
Le
schéma ci-contre nous aide à visualiser
l'architecture d'un réseau de communications,
celui de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris.
Les postes d'ordinateur individuels sont ainsi reliés
dans un réseau local (LAN) dont les nodes sont
trois serveurs (en bas à droite) qui répartissent
l'information sur plusieurs entrepôts de données
(cylindres beige). Le réseau comporte en outre
des éléments contingents, les «équipements
nomades» (téléphones cellulaires,
par exemples), reliés par des ondes plutôt
que par un câble.
Source: infographie publié dans Le Monde informatique
862 (1er sept. 2000), p. 46. |
3. Les
Systèmes signifiants
Un système signifiant
est un système dont la principale fonction est de produire
ou de véhiculer du sens. Il importe de bien distinguer
le système lui-même et le(s) codage(s) qui peuvent
l'exprimer. Ainsi, les langues naturelles sont des systèmes
signifiants composés d'éléments qu'on appelle
«signes linguistiques» et manifestés par
des sons que produisent les êtres humains locuteurs de
ces langues. Les diverses formes d'écriture ne sont pas
toutes, en elles-mêmes, des systèmes signifiants:
dans les langues indo-européennes, par exemple, l'écriture
est un code graphique qui renvoie aux sons du langage, de manière
plus ou moins cohérente (très cohérente
en espagnol et en allemand, beaucoup moins en anglais et en
français). Dans certains cas, comme les idéogrammes
du chinois ou les hyéroglyphes de l'Égypte antique,
un signe peut renvoyer à la fois à une image mentale
(un signifié) et à un son ou une syllabe.
D'autres systèmes utilisent
le son, la couleur, le geste, comme éléments signifiants.
Le langage a, parmi les systèmes
signifiants, un statut particulier, d'abord parce qu'il est
double: à un système de sons (phonologique) correspond
un système de sens. Une seconde spécificité
du langage est de pouvoir exprimer l'ensemble des conceptions
de l'esprit humain, de l'expérience et de la réalité;
ce n'est pas toujours le système le plus efficace pour
un besoin donné, mais c'est—de très loin—le
plus polyvalent.
Haut |
|