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La Société
de cour
En
rendant indispensable la présence à Versailles pour
tous ceux qui ont une quelconque ambition de faire carrière,
Louis XIV éloigne ainsi les plus grands seigneurs du royaume
de leurs terres—et de leur zone d'influence, ce qui réduit
considérablement leur pouvoir effectif. On ne connaîtra
plus les complots et les insurrections armées qui avaient
agité la première partie du XVIIe siècle, lorsque
certains nobles avaient cru pouvoir renverser le régime.
La vie à la cour est une sorte
de représentation permanente ou chacun est tour à
tour acteur et spectateur. Rythmée par de brillantes manifestations
(bals, représentations dramatiques, concerts, feux d'artifices)
et ponctuée de fêtes grandioses (en particulier en
1664, 1668 et 1674) la vie à la cour du «roi-soleil»
veut donner réalité à l'atmosphère raffinée
et romanesque des romans de l'époque, et Versailles constitue
d'ailleurs plus un décor qu'un logement: inconfortable, impossible
à chauffer, à peu près dépourvu d'installations
sanitaires, le palais n'a manifestement pas été conçu
en fonction d'impératifs pratiques.
Pour se montrer fréquemment,
c'est-à-dire être vu par le roi, lui faire la révérence
lorsqu'il passe, sinon lui parler, il faut résider à
Versailles même. Quelques privilégiés du plus
haut rang se disputent la moindre chambre du palais, dans des conditions
de confort très précaires qu'ils n'accepteraient jamais
dans d'autres circonstances. Les autres logent à la périphérie
du domaine, dans ce qui constitue aujourd'hui la ville de Versailles.
On se ruine pour se loger, s'habiller somptueusement, rouler carrosse
et faire bonne mine au jeu, passe-temps favori de la famille royale.
Se montrer au roi, lui dire quelques
mots sont des démarches essentielles pour le courtisan. Approcher
Louis XIV ne pose théoriquement aucune difficulté,
puisque Versailles est ouvert à tous; mais il faut savoir
y mettre les formes pour attirer l'attention du roi et mériter
sa bienveillance. Les règles des l'étiquette sont
strictes, et le moindre faux-pas peut compromettre l'espoir de se
faire distinguer. |