| Qu'est-ce
que l'immersion?
...et en quoi diffère-t-elle des «cours de langue»
ordinaires?
Apprendre une langue en immersion
ne revient pas simplement à suivre des cours plus intenses
que ceux d'un cursus traditionnel. Il est donc impératif,
afin de retirer tous les bienfaits de cette expérience,
de comprendre sa nature et de prendre conscience de certaines
stratégies qui vous aideront à soutenir l'inévitable
pression que vous subirez, même si vous possédez
déjà un niveau avancé. Ce mini-guide vous
indique l'essentiel à savoir pour ne pas «couler»
|
| Comprendre
quelles sont les conditions de l'immersion |
|
L'immersion vous plonge
complètement dans un milieu où vous ne pouvez
pas fonctionner de la même manière que dans votre
milieu naturel. Il vous faudra donc trouver un mode de fonctionnement
(culturel, communicatif, comportemental, linguistique) plus
ou moins différent de votre mode «natif»,
et adapté à ce nouveau milieu. En d'autres termes,
il faut apprendre à devenir une autre personne.
L'apprentissage proprement linguistique ne constitue qu'une
partie de cette transformation, et vous rencontrerez de (grandes)
difficultés si vous tentez de continuer à fonctionner
selon votre mode normal, mais dans une autre langue.
- Lisez
ici
l'article (en anglais) de Spielmann and Radnofsky qui définit
l'émergence d'une personnalité de langue seconde
("L2 persona"), "Learning Language
Under Tension: New Directions from a Qualitative Study.
The Modern Language Journal, 85, ii, (2001), p. 259-278.
- Lisez
ici
un document sur le stress de l'immersion (en anglais), publié
par un centre d'aide psychologique universitaire, et inspiré
des résultats du projet de recherche décrit
dans l'article ci-dessus. Site du Middlebury College
Center for Counseling & Human Relations.
|
L'immersion
implique un fonctionnement
«en circuit fermé» |
|
L'immersion
vous plonge
dans un système (culturel, communicatif
et linguistique) obéissant à ses propres règles,
qui généralement ne doivent rien aux règles
d'autres systèmes. Votre but n'est donc pas de passer
d'un système à un autre —de l'anglais au
français, de la culture américaine à l'une
des cultures francophones—mais de comprendre le système
dans lequel vous évoluez en fonction de sa logique interne.
Par exemple, le sens d'un mot
français doit se saisir en fonction du sens des autres
mots en usage dans cette langue, et non pas des possibles équivalents
qu'on peut lui trouver en anglais. De même, les valeurs
culturelles se comprennent en fonction d'autres valeurs qui
leur sont contiguës, ou au contraire opposées; il
ne faut jamais évaluer ces éléments selon
une grille de lecture qui appartient à une autre culture.
Ainsi, un Américain jugeant que «les Français
sont sales» parce qu'ils ne se douchent pas au moins une
fois par jour applique une axiologie 'sale vs. propre'
qui ne vaut que dans la culture américaine; car si les
Français possèdent aussi une telle axiologie 'sale
vs. propre', mais ce n'est pas la même, puisque
les termes 'sale' et 'propre' renvoient à des valeurs
assez différentes.
|
|
L'immersion
est communicative, et non pas linguistique
|
|
Le
terme souvent utilisé d'«immersion linguistique»
(ou même de «bain linguistique») peut laisser
croire que la maîtrise de la langue au sens strict est
le facteur principal et premier de réussite. Or, ce qui
relève du linguistique (disons, les mots et les phrases,
les règles qui les régissent, la «grammaire»)
est en réalité subordonné au cadre beaucoup
plus large de la communication. Ce cadre inclut entre autres:
- à
l'oral, des éléments suprasegmentaux,
comme la prosodie et l'intonation
- la
proxémique (utilisation de l'espace), la kinétique
(utilisation du mouvement), l'expressivité du
visage (pour indiquer des états cognitifs ou
affectifs)
- des
schèmes communicatifs (par ex. se saluer,
demander qqch dans un magasin) où la composante linguistique
peut être faible ou nulle
- des
types de situation communicative, qui expriment des
conventions sociales souvent ritualisées (par exemple,
pour la France, 'prendre l'apéro'; pour les U.S.A.,
«to go on a date»)
Apprendre
à communiquer implique surtout de maîtriser ces
composantes, qui peuvent parfois être assez proches de
celles que vous pratiquez déjà, mais parfois aussi
s'avèrent complètement différentes. En
fait, les plus problématiques sont souvent celles qui
partagent un certain nombre de similitudes d'une culture à
une autre: les Américains et les Français sourient
et s'embrassent dans le cadre de la vie sociale, mais ni le
sourire ni le baiser (sous leurs formes diverses...) n'ont exactement
la même valeur ou le même usage dans les deux cultures.
|
|
L'immersion
est collective et interactive
|
|
Être
en immersion signifie forcément être entouré
d'autres personnes avec qui il faut interagir (notion
encore plus large que communiquer). Quoique l'apprentissage
linguistique puisse sembler individuel, il ne se réalise
pleinement que dans le collectif. L'erreur la plus fréquemment
commise par les néophytes consiste à dissocier
complètement l'apprentissage linguistique individuel
et le cadre collectif. La présence d'autres personnes
est un vecteur crucial d'apprentissage individuel, comme on
le voit à un niveau très simple lorsqu'on se trouve
confronté à un mot inconnu: seul, on épuise
rapidement ses ressources et ses chances d'élucider le
mot (à moins d'avoir un dictionnaire...); en revanche,
on a de bien meilleures chances d'y arriver à plusieurs,
non seulement en joignant les connaissances individuelles, mais
aussi et surtout grâce à l'interaction et au «remue-méninges»
qui permet de résoudre collectivement un problème
que nul n'aurait pu résoudre individuellement.
|
|